Le réalisateur haïtien Raoul Peck nous parle de son nouveau film

Le réalisateur haïtien Raoul Peck nous parle de son nouveau film "Le jeune Karl Marx"

Par l'equipe Togociné 28 septembre 2017

Raoul Peck est réalisateur, scénariste et producteur. Il est né à Haïti, a grandi au Congo, aux États-Unis et en France. Après des études d’ingénierie et d’économie puis de cinéma à Berlin, Raoul Peck a été ministre de la Culture d’Haïti de 1996 à 1997. Le cinéma lui doit des films comme "Lumumba", "L’homme sur le quais" ou encore "Haïtian Corner". Depuis 2010, il est président de la Fémis. Il a été membre du jury au festival de Cannes en 2012 et à la Berlinale en 2002. Son documentaire "I am not your negro", a remporté de nombreux prix dont le Prix du Meilleur documentaire à Philadelphie, le Prix du Public à Toronto et Berlin (ainsi que la Mention spéciale du Jury œcuménique), et était candidat aux Oscars 2017 dans la catégorie Meilleur documentaire. Et cette semaine le tout nouveau film de Raoul Peck, "Le jeune Karl Marx" est sorti en salles en France, à cette occasion le réalisateur revient sur ce biopic exceptionnel sur le sociologue allemand.

Pierrette Ominetti, d’Arte, vous avais contacté pour vous proposer de se pencher sur un film autour de Karl Marx, qu’en aviez vous pensé ?

"Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai commencé à travailler mais ce n’était pas satisfaisant. Il m’est vite apparu que faire un film sur ce thème serait plus lourd, plus complexe, plus déterminant que je ne l’avais pensé au départ. Et que c’était aussi pour moi, à ma manière, une occasion de « changer le monde » avec un film qui aille plus loin, tant dans la forme que dans le contenu ainsi que sur l’impact politique potentiel. Le projet prenant de l’envergure, j’ai décidé de le reprendre totalement à mon compte et de le développer moi-même au sein de ma société Velvet Film"

Pourquoi un jeune Karl Marx ?
"Je savais qu’il ne fallait pas essayer d’expliquer le grand Marx barbu, l’icône en statue de granit qui a servi de prétexte à des monstres pour commettre leurs crimes. C’est une bataille que je n’aurais jamais pu gagner avec un film, sauf si on me donnerait une vingtaine d’heures pour le faire. Car avant d’expliquer, je dois déconstruire des décennies de propagandes, d’inexactitudes, d’inventions pures, de contradictions, etc. sans compter les crimes et méfaits de la guerre froide et des autres confrontations idéologiques. Il y a des combats que l’on ne peut pas gagner dans un médium qui est maîtrisé de bout en bout par le capital, par une industrie plutôt conservatrice et tournée vers le « divertissement ». Alors j’ai choisi de parler du jeune Marx, dans cette période de sa vie où il est en train de se transformer de manière fondamentale. J’essaie de montrer quelles sont les étapes de cette transformation et ce qu’il en résulte."

Un film engagé ?
"Je suis venu au cinéma par le politique. C’est l’engagement qui m’y a mené. C’était à Berlin au cours de mes études d’économie, une ville extrêmement cosmopolite et engagée, une ville de réfugiés politiques où tous les combats du globe se retrouvaient. J’ai pu y côtoyer tous les mouvements et organisations qui existaient alors, issus du Nicaragua, du Chili, du Brésil, d’Iran, d’Afrique du Sud… Berlin était en perpétuelle effervescence, avec des manifestations régulières contre l’apartheid, contre l’installation des missiles américains en Allemagne, pour la paix. J’ai commencé à faire des films avant même d’aller à l’école de cinéma, des films politiques mais qui dès l’origine voulaient échapper au cinéma militant – où le verbe prime – pour arriver à un cinéma où l’on questionne la forme, la qualité artistique, pour mieux atteindre le public."

Mais pas militant ?
"Si je fais un biopic classique, je reproduis ce qu’Hollywood sait très bien faire et qui consiste à maintenir le spectateur dans sa bulle d’un monde maitrisé, heureux, parfois confronté à un méchant mais que l’on parvient toujours à vaincre à la fin. J’oppose à cela une approche « marxiste » (et non dogmatique ! ) : quand on fait quelque chose qui est critique, on est obligé de critiquer les instruments dont on se sert et le processus lui-même.

Je dois essayer d’atteindre ce public qui est habitué à une certaine vision du cinéma et à une vision de lui-même et de son histoire, en lui donnant suffisamment d’éléments pour qu’il me suive y compris là où il n’est jamais allé. C’est bien sûr un exercice complexe. Dans Le jeune Karl Marx, j’ai une approche presque documentaire afin de faire ressentir le moment où les choses se passent, ressentir les hommes et les femmes, sentir les odeurs, la réalité humaine. Donc, il faut s’éloigner du dogmatisme et du politique stricto sensu. Ce n’est pas du cinéma militant ! En revanche, je fais un cinéma de citoyen engagé."

Le réalisateur haïtien Raoul Peck nous parle de son nouveau film "Le jeune Karl Marx"

Le réalisateur haïtien Raoul Peck nous parle de son nouveau film
Par l'equipe Togociné 28 septembre 2017

Raoul Peck est réalisateur, scénariste et producteur. Il est né à Haïti, a grandi au Congo, aux États-Unis et en France. Après des études d’ingénierie et d’économie puis de cinéma à Berlin, Raoul Peck a été ministre de la Culture d’Haïti de 1996 à 1997. Le cinéma lui doit des films comme "Lumumba", "L’homme sur le quais" ou encore "Haïtian Corner". Depuis 2010, il est président de la Fémis. Il a été membre du jury au festival de Cannes en 2012 et à la Berlinale en 2002. Son documentaire "I am not your negro", a remporté de nombreux prix dont le Prix du Meilleur documentaire à Philadelphie, le Prix du Public à Toronto et Berlin (ainsi que la Mention spéciale du Jury œcuménique), et était candidat aux Oscars 2017 dans la catégorie Meilleur documentaire. Et cette semaine le tout nouveau film de Raoul Peck, "Le jeune Karl Marx" est sorti en salles en France, à cette occasion le réalisateur revient sur ce biopic exceptionnel sur le sociologue allemand.

Pierrette Ominetti, d’Arte, vous avais contacté pour vous proposer de se pencher sur un film autour de Karl Marx, qu’en aviez vous pensé ?

"Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai commencé à travailler mais ce n’était pas satisfaisant. Il m’est vite apparu que faire un film sur ce thème serait plus lourd, plus complexe, plus déterminant que je ne l’avais pensé au départ. Et que c’était aussi pour moi, à ma manière, une occasion de « changer le monde » avec un film qui aille plus loin, tant dans la forme que dans le contenu ainsi que sur l’impact politique potentiel. Le projet prenant de l’envergure, j’ai décidé de le reprendre totalement à mon compte et de le développer moi-même au sein de ma société Velvet Film"

Pourquoi un jeune Karl Marx ?
"Je savais qu’il ne fallait pas essayer d’expliquer le grand Marx barbu, l’icône en statue de granit qui a servi de prétexte à des monstres pour commettre leurs crimes. C’est une bataille que je n’aurais jamais pu gagner avec un film, sauf si on me donnerait une vingtaine d’heures pour le faire. Car avant d’expliquer, je dois déconstruire des décennies de propagandes, d’inexactitudes, d’inventions pures, de contradictions, etc. sans compter les crimes et méfaits de la guerre froide et des autres confrontations idéologiques. Il y a des combats que l’on ne peut pas gagner dans un médium qui est maîtrisé de bout en bout par le capital, par une industrie plutôt conservatrice et tournée vers le « divertissement ». Alors j’ai choisi de parler du jeune Marx, dans cette période de sa vie où il est en train de se transformer de manière fondamentale. J’essaie de montrer quelles sont les étapes de cette transformation et ce qu’il en résulte."

Un film engagé ?
"Je suis venu au cinéma par le politique. C’est l’engagement qui m’y a mené. C’était à Berlin au cours de mes études d’économie, une ville extrêmement cosmopolite et engagée, une ville de réfugiés politiques où tous les combats du globe se retrouvaient. J’ai pu y côtoyer tous les mouvements et organisations qui existaient alors, issus du Nicaragua, du Chili, du Brésil, d’Iran, d’Afrique du Sud… Berlin était en perpétuelle effervescence, avec des manifestations régulières contre l’apartheid, contre l’installation des missiles américains en Allemagne, pour la paix. J’ai commencé à faire des films avant même d’aller à l’école de cinéma, des films politiques mais qui dès l’origine voulaient échapper au cinéma militant – où le verbe prime – pour arriver à un cinéma où l’on questionne la forme, la qualité artistique, pour mieux atteindre le public."

Mais pas militant ?
"Si je fais un biopic classique, je reproduis ce qu’Hollywood sait très bien faire et qui consiste à maintenir le spectateur dans sa bulle d’un monde maitrisé, heureux, parfois confronté à un méchant mais que l’on parvient toujours à vaincre à la fin. J’oppose à cela une approche « marxiste » (et non dogmatique ! ) : quand on fait quelque chose qui est critique, on est obligé de critiquer les instruments dont on se sert et le processus lui-même.

Je dois essayer d’atteindre ce public qui est habitué à une certaine vision du cinéma et à une vision de lui-même et de son histoire, en lui donnant suffisamment d’éléments pour qu’il me suive y compris là où il n’est jamais allé. C’est bien sûr un exercice complexe. Dans Le jeune Karl Marx, j’ai une approche presque documentaire afin de faire ressentir le moment où les choses se passent, ressentir les hommes et les femmes, sentir les odeurs, la réalité humaine. Donc, il faut s’éloigner du dogmatisme et du politique stricto sensu. Ce n’est pas du cinéma militant ! En revanche, je fais un cinéma de citoyen engagé."

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